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L’écrit philosophique

Il nous a semblé nécessaire d’expérimenter également l’« écrit philosophique » à l’école primaire, dans la mesure où il représente un moment de réflexion silencieuse. En effet, le débat philosophique étant l’œuvre d’une recherche collective, il nous a paru intéressant de donner aussi l’occasion d’une réflexion plus individuelle. Pour nous, le passage à l’écrit est un moyen de stigmatiser les pensées personnelles. De plus, étant produit à partir de la même question philosophique débattue en classe, avant que le débat ait eu lieu et après celui-ci, il nous permet d’évaluer s’il existe ou non une évolution de la pensée chez l’élève (s’il a changé d’avis, s’il a des idées plus nuancées…). Ainsi limiter l’apprentissage du philosopher par la seule discussion nous a paru restreindre l’exploration de ce qui est possible en philosophie avec des élèves de cycle 3. Certes, il est intéressant de libérer la parole à des fins philosophiques, mais on sait aussi que l’écriture apporte une objectivation, une précision, une trace, des ratures, et réclame une cohésion et une cohérence nécessaires aux processus rédactionnels, tout cela faisant émerger l’œuvre de la raison. Michel Tozzi écrit ainsi en rappelant très justement que notre langage a deux codes : « En utilisant les deux, on permet à la réflexion de l’enfant de s’exprimer avec plus de richesse, plus de variété. » . Combiner dans l’apprentissage d’une pensée réflexive à l’école l’oral et l’écrit nous a donc permis d’alterner trois sortes de moments :

Le second écrit était proposé immédiatement après le débat pour que les élèves n’oublient pas les idées nouvelles (pour eux) qui avaient émergé pendant ce dernier, pour qu’ils soient encore « dedans », c’est-à-dire dans la problématique. Ce travail d’écriture individuelle qui prépare les élèves, chacun selon ses moyens, à l’effort de produire une pensée personnelle, réfléchie, peut certes leur paraître difficile, mais une fois les barrières de l’écrit levées (je leur certifiais pour les « rassurer » que ce travail était un moyen pour eux de fixer leur réflexion, que cela n’allait pas faire l’objet d’une note, qu’ils pouvaient écrire tout ce qu’ils pensaient, du moment que cela semblait pour eux répondre justement à la question), cette situation solitaire a été vite acceptée. Et il a été nécessaire pour nous qu’elle le soit car si la réflexion peut s’enrichir par le débat avec d’autres personnes, il faut d’abord qu’elle ait eu l’occasion de s’être exercée seule (moment du premier écrit) - et cela aussi pour donner de la matière au débat qui va suivre - et qu’elle ait un temps de maturation (moment du second écrit) pour se reconstruire de manière plus affinée ensuite.

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