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La lecture à portée philosophique

Nous ne sommes pas arrivés en classe avec des questions philosophiques prêtes à être débattues. Il nous a semblé important de faire advenir la question philosophique des élèves, d’une part, parce que, la question venant d’eux, nous avons pensé qu’ils seraient ensuite plus investis dans le débat, d’autre part, parce que le moment de problématisation nous semblait difficile à mettre en place dans un premier temps lors même du débat en ne partant que du discours des élèves. Ainsi en apportant un ou plusieurs textes traitant d’un même thème philosophique, en nous assurant de leur compréhension – et en mettant surtout l’accent sur l’implicite des textes, et donc sur leur compréhension fine – nous avons fait apparaître la notion de « problème ». Les Philo-fables de Michel Piquemal et Philippe Lagautrière ont, dans ce sens, servi d’appui pour l’élaboration de problèmes philosophiques.

Il a alors fallu passer de l’interrogation à la question proprement dite. Or ce sont bien deux choses différentes qui étaient en jeu ici. Interroger consiste en effet à demander une réponse à autrui lorsque cette réponse ne fait pas problème : il s’agit simplement de combler une ignorance. Or transformer l’interrogation en question nous transporte véritablement dans la sphère de la philosophie, car cela signifie mettre au jour ce qui, en elle, pose problème. Et formuler le problème permet de montrer aux élèves qu’un texte à portée philosophique se lit comme une réponse à un questionnement, à un problème. Questionner – après avoir lu et compris la fable philosophique – a donc été la première tâche philosophique demandée aux élèves. Nous avons donc dû établir devant eux et avec eux la différence existant entre une question philosophique et une question qui ne l’est pas. Cette distinction est à marquer lors de toutes les séances, car elle ne s’acquiert, ne s’identifie réellement que progressivement. Nous verrons, dans notre troisième partie, les difficultés que nous avons rencontrées à ce sujet. Il s’agissait donc là de faire formuler aux élèves des questions philosophiques, ou de partir de leur interrogation pour faire advenir chez eux un questionnement proprement philosophique. Il fallait leur faire entendre qu’il n’y a philosophie que par l’attitude de l’esprit qui tend vers le doute, qui porte sur des généralités plutôt que sur des cas particuliers et concerne la condition humaine. Une question philosophique, c’est une question à laquelle on est tenté de répondre par un je-ne-sais-pas : « Je ne sais pas parce que, d’un côté…, et de l’autre… ».

Nous avons commencé par ailleurs à aborder des thèmes philosophiques pratiques comme la justice, qui est une question appartenant au domaine de la philosophie morale et politique. Ce domaine a quelque chose de concret pour les élèves : ils ont des références, des exemples. Les questions éthiques qui s’interrogent sur la façon dont on conduit sa propre vie et les questions politiques qui recherchent les façons dont une société humaine devrait être organisée ne sont ainsi pas trop déroutantes pour les élèves. C’est pourquoi, il nous a semblé aussi intéressant – toujours dans l’objectif d’expérimenter le plus largement possible la pratique philosophique à l’école – d’aborder des questions métaphysiques, qui, elles, en revanche n’ont pas d’enjeu immédiatement pratique. Nous analyserons plus en détail lors de la troisième partie la différenciation de ces domaines philosophiques dans la pratique scolaire – Faut-il nécessairement établir une différence entre question politique et question métaphysique pour les élèves ? N’abordent-ils pas de la même manière ces deux genres de question philosophique ?

A noter enfin que le questionnement philosophique est parti de fables philosophiques (permettant des lectures ponctuelles, achevées en une séance), mais qu’il aurait pu aussi se construire à partir d’œuvres littéraires entières à portée philosophique – il en existe de plus en plus dans la littérature de jeunesse – si l’on avait travaillé avec une classe pendant une année scolaire complète.

Ainsi, avant tout débat, y a t-il eu une problématisation à partir de fables philosophiques (par groupe), puis un premier écrit de réflexion individuelle.

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